GR5


Chacun évolue dans sa vie, et Camille et moi sommes devenues de fidèles citoyennes travailleuses (mais du coup un peu plus riche, bien que le salaire de prof soit quand même pas le mieux placé pour parler de richesse, ni celui de travailleuse en alternance) et, comme toutes les petites fourmis, il est venu le temps de profiter des week ends rallongés, de jours fériés et de ponts pour partir en vacances. Révolu le temps de la vie étudiante où on partait quand on voulait sans restriction. C'est alors que nous profitons du long week end de l'ascension (jeudi – vendredi – samedi – dimanche) pour partir randonner 3 jours et demi sur le GR5, dans les Vosges. On appellera cela le test pré-Laponie. L'idée c'est de se taper des étapes de 15 / 20 km par jour, sans dénivelé trop important (pas plus de 500m/ jour, à part le premier) et d'emporter notre bouffe, pour voir comment on tient la cadence déjà sur 4 jours. En Laponie, ce sera 10 jours de rando (9 jours de marche), mais sans ravitaillement, et sous tente. Ce premier test est biaisé par le fait que nous dormons en refuge. Le test, ça sera surtout : la bouffe. Voici donc ce qu'on a prévu pour 4 jours :

De gauche à droite : petit déj, encas, repas du midi, repas du soir.

Nos sacs sont de toute façon beaucoup moins lourds qu'ils ne le seront en Laponie puisque nous arrivons à quelque chose comme 10 kg / personne sauf qu'on n'a que 4 jours de bouffe et aucun matos de camping (tente, matelas...) On estime une quinzaine pour la Laponie.

Cette coupure va nous faire du bien, même si elle tombe pour nous deux dans une période compliquée : partiels pour Kay, submergée de boulot pour moi (vous avez entendu parler des EPI de la réforme du collège ? GROSSE PARTIE DE RIGOLADE). Bref, ce week end est d'une intention très positive mais sous entend peu de repos et du boulot en double avant et après la rando. Nous souhaitons perdre un minimum de temps et rester économiques dans nos dépenses. Etant donné la période à laquelle on part, évidemment les tarifs sont au plus haut. Ainsi nous prévoyons ceci : bus de nuit Isilines jusqu'à Strasbourg (23€), au petit matin, train Strasbourg – Metzeral (une quinzaine d'€), puis 3 jours et une matinée de rando plus tard, retour en train, Thann – Mulhouse – Strasbourg – Paris (compter 20€ pour le Thann / Strasbourg, puis nous avons fait le choix de prendre le TER de 15h, qui met certes 4h30 à rentrer à Paris mais qui ne coute que 20€, contre facilement 90 en TGV). Nous dormons en refuge, à 10 / 15€ la nuitée, et emportons notre bouffe. Bref, on s'en tire en tout pour 120€ / personne.

24 mai, donc. Camille termine les cours à 18 heures. Comme je suis prof en collège, j'ai mon mercredi après-midi. J'en profite pour faire les courses. Je sors du boulot et j'avoue avoir une drôle d'impression quand je me dis que je pars ce soir pour randonner 4 jours dans les Vosges... Carrefour Montesson, je trouve notre bonheur et revient, suante, à l'appart (il fait chaud). Quelques corrections et bulletins remplis, et me voilà finalisant mon sac. Camille me rejoint chez moi vers 20h (l'intérêt du bus de nuit, si on peut lui en trouver un, c'est qu'il part à 23h45 donc on a quand même largement le temps après le boulot de se préparer). Nous avons donc tout le temps de ranger nos sacs respectifs, dîner ensemble puis partir pour Gallieni.

Nous prenons le bus puis le métro, une bonne demi-heure de trajet nous attend. Il fait chaud mais pas trop (en même temps il est 22h30, encore heureux) et les sacs se font lourds. Par expérience je sais que le corps s'habituera au poids et qu'il paraîtra beaucoup plus léger au fil des jours, mais là, il tire bien sur les épaules ! « Allez, dis-je à Camille, on se casse, on rentre et on fait les stylos ? » (faire les stylos = jouer de la musique avec des stylos, activité ludique qu'elle a inventé en Sicile) Je me permets de glisser au lecteur qu'il faut prendre en compte ce running-gag parce qu'il reviendra, et je pense qu'il est là pour longtemps.

Arrivons à Gallieni à 23h30, un petit tour aux toilettes (je suis pas fan des sanitaires de bus.), d'ailleurs si vous voulez prendre une douche à Gallieni sachez que c'est 5€ ! Camille reste bloquée pendant facilement 7 minutes sur le prix de la douche, du coup je ne peux pas ne pas en parler, par souci d'exactitude objective dans ma retranscription de terrain, comprenez.
Départ un peu avant minuit. On est les dernières à monter dans le bus et je demande à un monsieur s'il veut bien se mettre à côté d'un autre monsieur pour qu'on puisse être toutes les deux à côté... Il est sympa d'accepter parce que moi j'aurais clairement gardé le côté fenêtre pour moi. C'EST PARTI.


On nous annonce qu'on arrivera à Strasbourg à 5h30 au lieu de 6h prévu (ils ne font qu'une seule pause au lieu de deux). Du coup, VITE, AU DODO. Je suis côté fenêtre ce qui j'avoue est clairement le plus confortable pour s'endormir. Et je crois m'endormir assez rapidement dans mon souvenir. Puis réveillée assez rapidement. Puis rendormie assez rapidement. Puis reréveillée assez rapidement. Bon. Comme vous l'imaginez et l'avez peut-être vécu, les nuits en train sont déjà pas top confort mais ça reste des nuits respectables, mais les nuits en bus... Wallah c'est la sère-mi. En fait les sièges sont pas du tout inclinés, et y a zéro place pour les jambes donc difficile de trouver une position où le corps est assez détendu pour s'endormir. Je me contorsionne dans tous les sens (et encore je fais 1m60, je plains les grands!), je finis la tete dans la fenêtre et les jambes pliées en position foetale sur mon siège, mais ça reste pas confortable hyper longtemps. Malgré tout, j'ai la sensation de dormir entre chaque changement de position (fourmis dans les jambes / bras, mal quelque part, mal installée...) Camille semble mal dormir, entre tête « reposée » sur l'accoudoir ou bien allongée carrément sur moi.

2h30, réveil. Bus allumé, chauffeur qui indique qu'on fait une pause d'une demi-heure. La moitié du bus descend, et forcément la porte reste ouverte alors ÇA CAILLE. D'ailleurs je commence à avoir très froid côté fenêtre à cause de la clim et l'air froid dans la tronche, et comme je vois que j'ai bien dormi en comparaison à Camille, je lui propose d'échanger nos places pour qu'elle dorme mieux la fin du trajet (et que j'aie moins froid, accessoirement).
3h00, on repart, et effectivement, on a froid côté fenêtre, mais ON DORT MIEUX. Comme Camille, je tente le dodo sur elle, le dodo la tête dans l'allée, bref. Je dors mal mais bon, j'ai la sensation d'avoir un peu dormi malgré tout.

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