Bordeaux


En général je ne fais pas de récit pour un si court séjour et dans une ville car je n'ai tout simplement pas grand chose à dire. Il se trouve que même si cette destination n'est pas sur la carte du site car elle n'est pas vraiment un "lieu de vacances" en soi mais plus une escapade de mid-week pour changer d'air, il me paraît important, rien que pour moi, d'écrire un petit "bonus" post-pyrénéen. Aussi parce que c'est dans la suite des événements, parce que je passe cet été 2016 à changer d'air et que je passe pas plus de dix jours au même endroit.

Remettons les choses dans leur contexte. Je rentre de 5 jours dans les Pyrénées avec ma copine Camille, une halte de 30 heures à peine à Paris et me revoilà debout à 4h30 pour reprendre un train pour Bordeaux avec ma vieille amie Flo (elle est pas vieille en vrai, disons que c'est son statut d'amie qui est ancien, bientôt 10 ans qu'on se suit mutuellement... !)

Nous voilà donc à 6h40 dans le train. Quatre heures plus tard, nous arrivons à BX Saint Jean et nous dirigeons vers le jardin botanique sur le quai des Queyries pour quelques heures de pique-nique et flânerie en compagnie de deux copines de fac qui terminent justement leur road-trip ouest-côtier.

Fin d'après-midi, elles partent de Bordeaux tandis que Flo et moi rejoignons le centre-ville et l'appartement air BNB (qu'on galère à trouver) près de la place de la Victoire. Je suppose que le proprio se fait un joli biz en louant des dépendances d'appartement reconverties en studios refaits à neuf... Les clefs sont à disposition dans un boîtier, on les redépose le lendemain matin, une femme de ménage passe changer les draps et c'est plié. Bon plan.

J'ai passé l'après-midi à l'ombre, je suis restée disons 20 minutes au soleil le temps de traverser le centre et bim, je suis cramée. C'est donc après une bonne douche froide chacune que nous nous dirigeons, Flo et moi, vers le centre-ville, il est à peine 19 heures.

La partie intéressante commence. On est mercredi, les terrasses sont déjà toutes blindées. Nous nous installons place Saint Pierre où une adorable (adorable, vraiment) serveuse s'occupe de nous. On ne pourra d'ailleurs s'empêcher de lui dire qu'elle est super gentille. Elle ne détonne pas vis-à-vis de l'ambiance de la place : pavés, terrasses calmes et apaisantes, musiciens de rue... Nous buvons un cocktail en silence, savourant simplement le lieu. Finalement Flo et moi sommes tombées sous le même charme et partageons un simple "c'est sympa comme ville" sans savoir encore ce que ce "sympa" voulait vraiment dire pour nous deux. A ce moment, je me demande si Flo s'ennuie ou savoure juste le temps passer, et peut-être qu'elle se pose la même question me concernant. En fait, je crois qu'on appréciait simplement le temps s'écouler sereinement, et qu'on en profitait sans se poser de question.

Prochain arrêt, place de la Bourse, où on s'arrête pour écouter un groupe qui joue là, Punch Lime Collective, un genre de post-rock à la Mogwai (batterie / basse / 2 guitares) qui envahit, ennivre, embaume l'espace. Hell, c'est beau !! Il ne me suffit que de 5 minutes de musique et ils ont ravivé ce sentiment de magie mêlé à de la nostalgie et de la plénitude, sentiment que je n'avais pas ressenti face à la musique vivante depuis 2009, précisément lors d'un concert de Mogwai au festival Beauregard près de Caen. Je ramassais les poubelles en tant que bénévole sur le site lorsque les vibrations des guitares m'ont stoppée, paralysée. J'ai lâché mes déchets (glamour) et me suis seulement laissée submerger par l'acoustique, les ondes, l'harmonie... La musique est un doux mélange entre science et art, on oublie trop souvent la première moitié, pourtant fondatrice. La musique vivante, en particulier, le contexte d'écoute, le lieu, l'heure, les personnes avec qui on se trouve (ou pas), tout concorde à des émotions spécifiques. Ce sont ces émotions de 2009 qui m'ont poussées à faire de la musique et qui aujourd'hui me donnent envie de l'enseigner. J'aimerais que mes élèves puissent ressentir cela, aller à la rencontre de cette beauté et y trouver ce sentiment d'apaisement comme on trouve la foi, étant simplement heureux d'être là où ils sont, laisser passer les secondes sans les compter, dans ce bain d'ondes chaleureux. Peut-être aurais-je bien plus de facilités à faire mon métier s'ils savaient, au fond, où je veux les emmener. Peut-être même que tous pourraient s'intéresser à la musique avec la même passion qui m'anime. Ce fut le sujet de mon mémoire et cette soirée bordelaise ravive mon désir de pousser ma recherche en doctorat, pour comprendre, analyser, cultiver tout ça. Sans musique, rien n'est pareil. Sans musique, rien de la soirée que nous nous apprêtons à vivre n'aurait été pareil. Le fait qu'elle se trouve dans la rue, qu'on tombe dessus sans l'avoir prémédité, ça change tout émotionnellement.

Plus de 7 ans plus tard, me voilà sur cette place de la Bourse, sirotant une pinte dans mon cocon musical. La nuit tombe, le vent se lève. A quelques dizaines de mètres, des gens marchent nus-pieds sur le miroir d'eau, les pieds immergés dans une brume qui leur monte aux genoux. A côté de nous, un papa fait tournoyer son fils pour le faire danser, le sourire aux lèvres. On dirait la fin d'une comédie romantique où tout le monde est content. C'est une belle soirée.
Il n'aura fallu que 3 ou 4 minutes à ces types pour que je n'hésite pas une seconde à lâcher un billet pour leur CD. Je veux pouvoir me replonger dedans, revivre ça, avoir une réminiscence à chaque fois que j'insère le CD dans ma voiture.

Nous passons notre soirée à voguer de place en place (Saint-Pierre, Bourse, Parlement, Lafargue, Victoire...), à chacune d'entre elles nous faisons une halte dans un bar : pas de barathon, ni d'intention d'être ivre, juste migrer vers un autre coin mignon, s'y poser le temps d'un verre, puis repartir, juste pour s'imprégner de l'ambiance, de la ville qui semble être une succession de places villageoises. C'est la première fois que je prends autant plaisir à être dans une ville, un plaisir comparable à celui d'être dans la montagne par exemple (et c'est pas peu dire me concernant). D'habitude, les visites citadines m'épuisent un peu, ça me transcende pas, j'apprécie d'y être pour changer d'air et pour être avec des gens que j'aime, pas en soi. J'ai du mal à passer des vacances où je fais toujours la même chose, où je stagne, du coup les villes me donnent souvent l'impression de pas avancer et de perdre mon temps, de pas découvrir beaucoup de choses. Galway, par exemple, c'est une ville que je trouve très sympa, mais très sympa dans la catégorie ville, ce qui la place par essence en dessous de tout endroit naturel. Je dois pas être fabriquée pour ça, je sais pas, chacun son truc. Moi qui suis très "chalet-montagne-moutons", en revanche, c'est bien la première fois qu'une ville me donne envie d'aller y vivre (vous lisez bien !!). Ici, tout paraît chaleureux, sérieusement, même la grue scintille (j'ai peur des grues jaunes, c'est assez particulier, bon, passons.)

Il est deux heures du matin quand nous rentrons à l'appartement. La soirée est passée vite, entre confessions, discussions et tranches de rigolade, nous avons passé un moment comme on a rarement l'occasion d'en passer Flo et moi, bouffées chacune par notre quotidien. On a la chance d'être voisines et de se voir très souvent, mais ce genre de moments sont très particuliers et font réellement du bien à une amitié. On a surtout eu le même coup de coeur pour cette ville, étonnamment, car je ne m'attendais pas à apprécier autant une ville. Peut-être est-ce éphémère ? Peut-être n'est-ce qu'une illusion ? Est-ce que c'est parce que je suis dans une mouvance positive ? Parce que je reviens de la montagne ? Parce que je manque de nouveauté et de changement d'air ? Si on y retourne en automne sous la pluie, éprouvera-t-on cette même sérénité ? Je l'ignore, peut-être faudra-t-il faire quelques tests avant de se prononcer définitivement...

Le lendemain, lever tout doux puis mangeons à la Soupe au caillou, un restaurant végétarien / vegan délicieux, un rapport qualité prix exceptionnel... Il pleut des cordes, on a encore 7 heures à tuer. Allez, direction Utopia, la place Camille Julian et son cinéma qui est tout simplement magnifique. Même le cinéma arrive à nous surprendre ! Un genre d'ancienne église où y a 15 films différents par jour. Du coup on se tape Sierranevada, un bon film roumain, bien qu'un peu longuet...

Un petit thé en sortant, et nous voilà déjà sur le retour, longeant les quais vers la gare et le train qui nous ramènera à Paris...


La Garonne marron.


Cheers !

Concert sur la place de la Bourse



Déjeuner à la Soupe au caillou


Le cinéma Utopia


Je termine par un résumé de ma semaine en photo : carte jeune SNCF, carnet d'écriture, bouteille d'eau Montcalm (source pyrénéenne) et le CD du groupe vu à Bordeaux. Le tout dans le train !
 


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