Beaufortain


Vers l'infini et au-delà


Voilà, mon sac est prêt. Me voilà parée pour la montagne (j'espère!) J'ai changé 15 fois d'itinéraire, j'ai pensé d'abord changer de spot tous les soirs et me taper mon sac tous les jours, puis je me suis dit « Attends Nini, tu pars seule pour la première fois, et t'as jamais randonné avec ton sac sur de longues distances, donc on va revoir un peu le niveau à la baisse ». Et surtout, la veille de partir, le 11 août, je regarde un peu la météo et... bien que ce ne soit pas très fiable à plus de 48 heures, pour l'instant ils annoncent soleil pour le 13, et pluie pour le 14 (au moins). Donc j'ai intérêt à faire un truc cool le 13, jour d'arrivée. Et pour couronner le tout, j'ai découvert également cette veille de départ qu'il y avait des bus qui allaient dans le beaufortain, et que j'allais pas forcément devoir tout me taper à pieds. L'inconvénient c'est que j'voulais pas mal bouger, et les bus y en a pas énormément non plus, et les horaires coïncident pas, bref. J'ai même checké Drivy en me disant « allez merde, tant pis, je serai plus tranquille avec une bagnole ». Mais... Mais. C'est trop facile, de louer une voiture. A la base je voulais justement être seule avec mon sac, pour marcher, pour galérer un peu, pour être trempée s'il pleut... pour fuir le confort, justement. J'ai envie de rentrer épuisée, comme « vidée », je sais pas. Du coup, j'ai du passer 5 ou 6 heures à me demander ce que j'allais faire et comment j'allais pouvoir le faire, et j'ai finalement trouvé un trajet à peu près logique et intéressant sans être chronophage ni faire face à un labyrinthe d'horaires.
Je pense à ça depuis longtemps, et plusieurs événements de ces derniers mois couplés à une année difficile ont accru cette nécessité de partir seule. « Toute seule ? » s'étonnent pas mal de gens. Est-ce que ça me fait peur ? Non, pas du tout. Je suis organisée, je connais mes limites physiques, celles que je peux dépasser ou non, et je commence à avoir l'habitude de ce mode de voyage en sac / camping / rando. Beaucoup de gens me disent de faire attention, ce que je peux comprendre. Mais entre nous, ça fait 6 ans que je vis en banlieue parisienne et que je prends la ligne 13 tous les jours, et j'avoue qu'entre rentrer de nuit à 2 heures du matin dans un quartier pourri et me balader dans le beaufortain en croisant des randonneurs toutes les 10 minutes, je me sens clairement pas en insécurité. Malgré tout, je reste très prudente : pas de camping sauvage, un équipement assez solide (de plus en plus chaque année en tous cas), des randonnées raisonnables (pas plus de 15 kilomètres par jour et moins de 1000m de dénivelé) En plus, je risque pas d'être seule, vu ma destination. Autre question : est-ce que je vais me sentir seule ? On m'a dit que toute seule, ça allait pas être marrant, que j'allais me faire un peu chier. A vrai dire, oui, c'est vrai, ça risque d'être pas hyper marrant, j'vais certainement pas avoir des gros fous rires comme j'ai pu avoir avec mon frère en Norvège, mais c'est pas vraiment ça que je viens chercher, en fait. C'est peut-être pas forcément facile à comprendre, mais l'objectif premier à partir seul c'est … d'être seul, en fait. De se retrouver seul dans un endroit anonyme, et de se découvrir aussi, un peu ? Je sais pas. Je sais pas du tout ce que je vais y vivre, si ça se trouve je vais pleurer au bout de 24 heures (j'en doute), si ça se trouve je vais regretter d'être seule, si ça se trouve je vais adorer et profiter de ma liberté et du silence (ou de mes dialogues intérieurs). Mais je me retrouve très rarement dans un endroit que je ne connais pas pendant plusieurs jours, surtout dans un décor aussi chouette qu'est la montagne, avec pour seule compagnie ma musique, un stylo et un bloc notes. On verra bien ! De toutes façons, ce n'est qu'une semaine de ma vie, ça pourra pas être horrible.

Neuf heures, me voilà partie de Normandie pour Paris, où je retrouve mon amie Florine pour déjeuner. S'en suit deux heures de préparation de sac... Punaise, ça va jamais rentrer. Bon, j'ai prévu 15 fois trop de fringues, je dégage une polaire, des pantalons, une gourde (c'est utile mais ça prend BEAUCOUP de place)... Mon duvet prend 1/3 du sac, ça j'avais pas trop capté, je le pensais plus compact... Du coup avec la casserole, la bouteille de gaz et la trousse de toilette, y a déjà une grosse partie du sac qui est prise. Bon, finalement je me démerde pour tout caser, je vire aussi des trucs à manger. Une bonne douche plus tard et me voici avec 14 kilos sur le dos en direction d'Austerlitz (la gare, hein) accompagnée de Flo.



Après avoir mangé mon sandwich au camembert qui pue dans la gare (j'ai l'impression qu'à chaque fois que je me retrouve à la gare d'Austerlitz je mange un sandwich au camembert qui pue, mais bon). 20 heures, me voici installée dans le train, dont le wagon « sièges inclinés » est vide pour les trois quarts...


Ça n'a clairement rien à envier d'une couchette, quand je vois les compartiments de 6 tout tassés avec les échelles pourries et les couchettes confinées de 60 cm de large... Si tu voyages entre potes, à la limite. Les sièges inclinables en revanche sont vraiment inclinables et y a un truc pour reposer les jambes, c'est nickel. Aucun arrêt avant Chambéry à 5 heures du mat, donc je décide de m'étaleeeeeer sur deux sièges eux-mêmes inclinés. Allez hop, je sors le duvet et un peu de musique avant de dormir. Un bon truc qui bouge, tiens, qui donne l'idée de propulsion, un truc comme... James Brown, tiens.




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